mercredi 30 mars 2016

APM 14 : Le facteur émotionnel facteur clé de la réussite en entreprise ?



L'émotion est une des grandes questions de ces dernières décennies : à partir du spectacle, (l'effet du cinéma  au début du XXième siècle a eu un impact majeur sur les foules), des transports et de l'accélération de la vie sous toutes ses formes (cf accélérations) , elle s'est constamment développée,envahissant tous les secteurs ( loisirs, psychologie, management),formatant autant d'experts  proclamant tous comme la nouvelle évidence : humain = émotion.

Exposé sur ce thème d'Eric Albert, psychiatre et fondateur de l'IFAS reçu par le club APM , Saint James,le 16 mars 2016.
On avait aimé et chroniqué ici le dernier livre d'Eric Albert Partager le pouvoir c'est possible 

# À quoi la réussite sociale est-elle liée ?
 Depuis 20 ans, on sait que le quotient émotionnel dépasse le quotient intellectuel dans les                                          facteurs clé de la réussite sociale. Apparemment de nombreuses études en attesteraient.
Faisons, le temps ,de cet exposé comme les américains, misons tout sur la compréhension des secrets de la réussite sociale.

# Comment définir le quotient émotionnel ?
Comme : 
- capacité à identifier ses émotions
- capacité à trouver des plans d'action pour dépasser ses émotions
- capacité à percevoir les dimensions positives d'un évent
- capacité à identifier les émotions chez les autres

On passe beaucoup de temps encore à développer les capacités intellectuelles et pas du tout émotionnelles 

#Exercice : citez trois sources d'émotion dans votre vie professionnelle au cours de la semaine
- une situation
- nommer l'émotion
- dîtes ce que vous avez fait

Moins on a accès à ses émotions, moins on les identifie, plus elles peuvent être déterminantes sur notre façon d'agir

# Comment se mettent en place nos comportements ?

Une émotion est déclenchée par une situation
Elle est intensifiée ou pas par la distance plus ou moins importante entre la réalité et mes croyances ou principes ancrés depuis longtemps en moi
Plus ce décalage est important, plus l'émotion sera intense
Elle peut entraîner des signes physiques reconnaissables
Elle imprime nos comportements

La culture = des schémas mentaux partagés au service d'une même notion d'efficacité
Toujours commencer une mission dans une entreprise en se posant la question du socle que l'on souhaite conserver.

Les conflits sont souvent l'objet de différences de schémas mentaux traités comme des différences de comportements
La question du manager : quel effet je produis sur l'autre 

# La cohérence individuelle :
Ce que je me dis---------------ce que je ressens
        (pensées)             I                (émotions)  
                                    I
                           Comment j'agis
                           (comportements)  

La cohérence entre les 3 est lune chose  importante
Il est donc indispensable de travailler sur les scénarios de pensée

# Les caractéristiques des schémas de pensée :
- ce sont pour nous des évidences :
Ils s'enclenchent automatiquement 
Ils ne sont pas remis en cause 
Ils sont bas dans le champ de la conscience (et donc n'émergent pas spontanément)

- ils ne sont pas actualisés :
Ils viennent souvent de très loin
Ils nous ont été utiles à un moment donné
Mais on ne s'interroge pas pour savoir s'ils sont adaptés au contexte présent

- ils sont dichotomiques : 
Ils fonctionnent tout ou rien
Ils sont souvent caricaturaux, excessifs
Ils sont toujours partiellement vrais (c'est pourquoi nous les avons )

Le principe pour agir est donc : une évidence, dichotomique, non actualisée
Et donc autant de sources d'erreurs.

# Le lien émotion changement :
Le changement ne peut intervenir que dans des conditions précises
Si on ne ressent pas d'émotions ou qu'elles nous submergent   => pas de changement possible
Si on maîtrise motions moyennes => changement possible 

#Comportement émotionnel ----comportement  stratégique : on oscille entre les 2 en permanence 
L'enjeu managérial est d'avoir des comportements stratégiques aux moments importants, et donc de maîtriser au maximum ses émotions

# Sa conviction : plus on est capable d'avoir un registre large de comportements, plus on fait son métier de dirigeant, qui est d'avoir un effet sur les autres
L'objectif est donc de comprendre ces schémas de pensée, étoffer ses comportements pour ne pas laisser nos émotions décider à notre place

# Pourquoi l'entreprise éviter-elle  l'émotion? de la reconnaitre , d'en parler
Principalement parce que contrairement à ces registres habituels, gestion, commerce, production, elles sont irrationnelles - incontrôlables, non transformables en process. 

# Les émotions fondamentales décrites par Darwin :
La peur - la tristesse- le dégoût - la colère - la joie - la surprise

#Expert ou manager:
Devenir manager : renoncer à faire pour faire faire 
Pour ne plus faire soi même, il faut renoncer à savoir faire

# Les difficultés à renoncer à faire :
- on a plaisir à faire ce que l'on sait bien faire
- la légitimité se trouve souvent du côté de la technique ( les collaborateurs attendent toujours que leur chef soit meilleur qu'eux)
- on ne sait pas très bien quelle est la valeur ajoutée de celui qui fait faire ni de quelle compétence il a besoin 
Notre rapport à ma légitimité détermine notre rapport au management...

# En tant que dirigeant  :
- quels sont les domaines d'expertise que vous avez gardés ?
- quels sont ceux qui vous manquent ?
- est ce qu'il ya des domaines que vous pensez que vous pourriez  lâcher au moins partiellement ? Si oui quelles sont vos réticences ?

# Les 6 fonctions du manager : 
-optimiser les ressources
- décider
- être le recours en cas de difficulté
- assumer le rôle d'interface entre son service et l'entreprise
- être porteur de sens
- développer et accompagner le changement

#Les compétences associées : quelles émotions sont derrière
- pour optimiser le ressources :
Comprendre = empathie
Organiser la délégation = la gestion du risque
Expert en jeux relationnels pour désamorcer les tensions

- pour faire des choix :
Prise de recul
Intuition
Expérience
Analyse synthèse
Faire confiance à l'expérience
Le courage
Se faire confiance

 - être le recours en cas de difficulté : le collaborateur vient nous voir parce qu'il est débordé par les émotions ; il vient nous voir pour une prise de recule et l'aider à en prendre 
Ecoute et empathie
Inspirer confiance = de la maîtrise émotionnelle 
Le rapport à l'erreur : l'erreur nous aide à comprendre et pas à engueuler les autres

- assumer le rôle de l'interface = gérer des contraintes contradictoires (efficacité et congés)
Résister : capacité à 360
Quand il y a de la tension dans la relation on oscille entre passivité et agressivité
Assertivité : technique qui permet de dire les choses sans agresser

- être porteur de sens : 
vision
Transmettre des valeurs 
Exemplarité  sur le plan comportemental c'est  : je ne suis pas parfait et j'essaie de m'améliorer

- développer et accompagner le changement 
Capacité à apprendre
Faire face à l'inconnu
Sortir de la zone de confort et rassurer sur la capacité à le faire



En conclusion : tout est et n'est  émotion, bien entendu !

mercredi 23 mars 2016

Commentaires 31 :Et si on refondait notre démocratie 2/2 ?

La démocratie a été happé par le principe de  représentation , elle n'est gouvernée que par lui et elle est en est prisonnière; elle a été  également engloutie par le marché qui lui impose ses lois jusqu'à la caricature.
Loin des querelles politiciennes et partisanes , le livre du constitutionnaliste Dominique Rousseau se veut une critique constructive et apaisée de nos institutions et au delà de notre système démocratique.

Les institutions de la démocratie continue:
4 Les institutions de la généralité démocratique :
# Contre le référendum , acte d'acclamation :
Depuis 50 ans l'idée référendaire progresse et l'usage s'en répand.
Il servirait à démocratiser la démocratie représentative.
Pourtant l'idée est discutable car elle revient à poser le peuple comme législateur direct , ce qui conduit à un système politique de fusion incompatible avec le principe constitutif de  la  démocratie continue.
La volonté directement exprimée du peuple ne peut être contrôlée et sa responsabilité ne peut être engagée puisqu'il ne peut y avoir de corps devant lequel rendre compte de sa politique.
#La création d'une assemblée sociale délibérative : qui au même titre que l'Assemblée nationale et le Sénat  disposera du pouvoir d'exprimer l'intérêt général et du pouvoir délibératif.
Elle permettrait de débattre de questions vitales : économique, écologique,social ,qui sont finalement peu débattues et ce manque pèse sur la détermination de l'intérêt général.
Trois principes pour inspirer sa formation : 1/la reconnaissance d'un pouvoir délibératif semblable aux autres assemblées2/ l'adoption d'un processus délibératif transversal par des commissions thématiques3/ le chois d'un mode d'élection des membres qui tiennent compte des forces productives dans la vie économique et sociale.

5Les institutions de la réflexivité démocratique
#La justice, institution de la mesure démocratique : la part croissante des juges est un fait national et international ; ce retour est moins une volonté de puissance qu'une expression de la défaillance des organismes de contrôle.
Alors que le législateur agit sous le coup de l'émotion et vote des lois de manière quasi instantanée, le juge constitutionnel réintroduit l temps long, oblige à une réflexion sur le sens, la portée.
#Pour une refondation radicale de la justice : elle ne peut plus être organisée dans un cadre où son pouvoir est nié et soumis.
Il s'agit de supprimer le Conseil d'Etat et de transformer le Conseil Constitutionnel.
#Supprimer le ministère de la Justice : la sortir du gouvernement
L'exécutif et le législatif sont des pouvoirs de l'Etat
La justice est un pouvoir de la société.
Elle doit être à distance des conflits, à l'écoute de la société, à l'abri des passions.

6 Les institutions du gouvernement démocratique 
La dyarchie Président - 1ier Ministre ne tient pas à la couleur politique mais est structurelle et tient à l'incompatibilité entre un président "modèle présidentiel" et un 1ier ministre "modèle parlementaire".Entre un président qui gouverne élu par le peuple et un 1ier ministre qui est responsable de la politique devant les élus du peuple.
Très vite il y a eu des incohérence entre les deux : 1986, 1995, 2012
#Les institutions d'un système primo ministériel : il est temps de lever les équivoques
Que l'assemblée redevienne le lieu du débat par un scrutin proportionnel qui favorise les alliances; elle retrouvera de la légitimité auprès des électeurs; qu'elle retrouve le pouvoir d'investir le 1ier ministre sur la base d'un contrat entre le gouvernement et sa majorité; que les deux partenaires soient touchés (démission, dissolution) en cas de rupture du contrat ; que le conseil des ministres soit présidé à matignon parle 1ier ministre.
#Les institutions d'un système vertueux du pouvoir : 1/ interdiction totale du cumul des mandats2/agir sur le temps par la réglementation constitutionnelle des conflits d'intérêt 3/reconnaissance institutionnelle des lanceurs d'alerte.


lundi 14 mars 2016

Commentaires 30 : Et si on refondait notre démocratie 1/2 ?

La démocratie a été happé par le principe de  représentation , elle n'est gouvernée que par lui et elle est en est prisonnière; elle a été  également engloutie par le marché qui lui impose ses lois jusqu'à la caricature.
Loin des querelles politiciennes et partisanes , le livre du constitutionnaliste Dominique Rousseau se veut une critique constructive et apaisée de nos institutions et au delà de notre système démocratique.
Au delà des incohérences politiques , des populismes  et de la montée de la défiance vis à vis des élus  ,il fait le constat que l'idée démocratique vit dans les quartiers, les villes , les écoles, les entreprises portés par des collectifs informels de citoyens.
Ces expériences manifestent une forme nouvelle de démocratie qui n'a pas encore trouvé son nom alors que l'ancienne ,la démocratie représentative ou démocratie électorale.
Celle qui émerge entre l'opinion et le participatif , il propose de la nommer démocratie continue.
1 Les principes de la démocratie continue :
# Le principe de la représentation écart : le principe de représentation est au fondement de la démocratie. 
Spontanément au sommet des valeurs constitutionnelles , on trouve la démocratie directe.
Cette idée est plutôt fausse car la représentation est la condition de la démocratie.
Sans représentation on est dans l'agrégat des hommes en fonction de leurs intérêts et affinités , autrement dit le communautarisme.
La représentation est "une scène "permettant aux hommes de sortir de leur détermination sociale pour se représenter comme des être égaux en droit,principe de l'égalité politique.
Pour qu'il y ait contrôle des décisions et donc responsabilité politique,  il faut que s'installe un couple représentant qui prend les décisions et celui du peuple par lequel et devant lequel s'exercent le contrôle et la responsabilité.
Ce principe  d'écart est fondateur et tragique au sens où il permet à la fois à la démocratie d'exister autant qu'il peut l'étouffer par l'agrandissement de cet écart   au fil du temps entre pensée du représentant et pensée du représenté.

#La logique démocratique de la représentation écart : la logique de représentation du système représentatif est une représentation fusion , qui se tait , celle que l'on a connu durant des décennies.
Celle de la représentation écart dans la démocratie continue est la représentation -écart, c'est à dire de continuer à vouloir s'exprimer et agir, ce qui change tout.
La représentation fusion n'est que la reproduction du principe monarchique ou le corps de la Nation et le corps du Roi ne font qu'un.
Mais il n'est pas obligatoire de le penser ainsi : on peut également le penser comme le représentation de deux corps, celui des représentés et celui des représentants,chacun jouissant d'un espace de prérogatives propres.
Aux représentants la tâche de statuer avec l'aménagement d'un espace et de prérogatives dédiées; aux représentés la tâche de réclamer, de contrôler.
Il faudra attendre 1958 et la création du Conseil constitutionnel pour créer cette autorité de contrôle et plus encore la reconnaissance en 2008 du fait pour tout justiciable de contester la constitutionnalité de la loi.

2 Le principe juridique : le peuple constitutionnel
# Le peuple est le référent obligé de la démocratie.
Il faut revenir à Cicéron dans la Démocratie qui distingue et oppose la foule (multitude) , réunion sans forme d'individus et le peuple (populus) qui ne se constitue que si sa cohésion est maintenue par un accord sur le droit .
La constitution a donc pour rôle de transformer une association primaire d'individus en une association politique de citoyens.
Elle fabrique aussi le peuple des individus démocratiques en donnant également le droit à chacun d'intervenir et d'agir dans toutes les sphères de la Cité 
#L'individu démocratique figure de la démocratie continue
Si le processus social et historique est celui d'une société d'individus, la question politique se déplace;elle devient celle de l'organisation de cette fluidité sociale pour qu'elle ne produise pas une société chaotique; les réponses du passé ( Dieu,Nation, Etat) ne fonctionnant plus, la question est celle du socle permettant de construire du commun.
La Constitution entendue comme ensemble des droits et libertés , peut être cet instrument commun aux individus.
C'est indispensable car , comme le dit Cicéron, si le peuple ne se reconnait pas dans un accord sur le droit, il se reconnaît par d'autres accords , d'autres liens ,sur le sang, la race ou le chef-incarnation-du peuple.

3Le principe sociologique : la société d'individus
# L'état de la démocratie représentative : séparation des pouvoirs et suffrage universel.
La théorie de Montesquieu de la séparation des pouvoirs permet de distinguer la forme absolutiste de l'état ou les pouvoirs sont confondus de la forme démocratique où ils sont divisés.
Les 3 croyances qui sous tendent notre époque : 1/démocratiser l'état c'est démocratiser la société parce quils sont forcément confondus 2/ le mal démocratique proviendrait de la seule Constitution de la V° République qu'il conviendrait de changer 3/ Le suffrage universel comme principe suffisant et indépassable de la démocratie
Ainsi l'origine électorale d'une institution resterait un marqueur fort de sa qualité démocratique. Pas évident
La démocratie continue ne se cherche , ni ne se trouve dans un nouvel aménagement institutionnel de la sphère étatique, ni dans le perfectionnement du système électoral.Elle prend son sens propre ailleurs que dans l'Etat : dans la société.
#La société de la démocratie continue : critique du principe de souveraineté et espace public : si le lien constitution/société (là ou il y a de la société, il y a su droit)  est ontologique, celui de constitution/état est historique.Et se dernier se distend du fait de l'effacement de la figure étatique : l'Etat perd son territoire (frontières, communication, maladies, catastrophes) , l'Etat perd son peuple (Europe),  l'Etat perd sa souveraineté (fabriquer la loi, battre monnaie,rendre la justice, décider de la guerre et de la paix)
L'Etat est une forme inventée au Moyen âge aujourd'hui décalée.
La démocratie continue ne se construit pas avec l'état mais avec l'espace public , selon la représentation hégélienne composée d'un espace civil (celui des intérêts privés des individus ) et d'un espace politique (institutions publiques, représentation, état)
Ces deux espaces se seraient progressivement séparés , l'espace politique sortant de l'espace civil pour mieux le gérer; il serait possible de proposer selon Habermas un autre schéma où l'espace public s'intercalerait entre les deux. 
L'espace public serait le lieu qui reçoit par le canal des associations, des mouvements sociaux, des écrits, les idées produites dans l'espace civil et où se construisent une  opinion publique portée ensuite dans l'espace politique.
L'espace public devient ainsi le plus important, le lieu où toutes les questions de l'espace civil sont travaillées pour aboutir à la formulation de réponses et de propositions.
C'est un espace de luttes et de controverse.
C'est aussi le lieu qui par la mobilisation de ses acteurs construit une force capable d'imposer à l'espace politique des questions sur lesquelles il s'est mobilisé.
#L'espace monde , horizon de la démocratie continue
Fonder la démocratie sur l'espace public n'est pas seulement la désétatiser , c'est la mondialiser ou lui donner le monde comme horizon.
C'est par une attention partagée sur les m^mes problèmes, une perception d'un commun mondial qu'émerge le citoyen du monde.

mercredi 9 mars 2016

Lexique 166 : la crise


jeudi 3 mars 2016

Commentaire 29 : le retour du blasphème raconte t-il notre époque ?

C'est un peu la thèse de Jacques de Saint Victor dans son livre aussi précis que concis : le "péché de bouche " a évolué avec les époques. Outrage religieux, crime identitaire, délit politique , il a épousé nos conflits idéologiques et religieux avant de disparaitre avec les Lumières et la Révolution pour réapparaître (après un 1ier retour lors de la restauration) récemment  mettant à l'épreuve in principe que l'on pensait (imprudemment)  inébranlable : la liberté d'expression.

#Le blasphème des origines : il remonte à la loi des  hébreux  : "tu ne prononceras pas à tort le nom de YHWH, car YHWH ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom à tort"
Dans l'Ancien Testament la prohibition du blasphème est une règle essentielle et rigoureuse.
Il prend une dimension dans les religions monothéistes qui n'existait pas chez les païens .
Les Hébreux lui donnèrent sa dimension sacrée : le monde n'est pas un cosmos comme chez les grecs mais une création .Dieu est un sauveur, son nom aussi sacré que sa loi.
Le christianisme reprendra très largement ses interdits en considérant à son tour qu'on ne devait pas prononcer en vain le nom de Dieu.
Très vite le blasphème va devenir une arme de guerre non seulement contre les païens mais aussi entre religions : le Christ en se prononçant fils de Dieu est accusé de blasphème, ses meurtriers de même…
Il va se sophistiquer avec les Pères de l'Eglise distinguant le blasphème qualifié, destiné à rendre vaine la grâce de Dieu du blasphème simple, conséquence d'une fureur passagère.

#La récupération du pouvoir royal au Moyen Age : si les tiers chrétiens refusèrent de condamner sévèrement les blasphémateurs, ce sont les autorités royales et princières qui en se réclamant de la sévérité du droit romain, prendront les bières mesures drastiques.
Au XIII sème siècle commence à se tisser un lien entre répression du blasphème et lente affirmation du pouvoir royal avec des 1iers textes ,qui vont ensuite se multiplier, sous Philippe Auguste.
Le blasphème devient donc une matière mixte entre juridiction ecclésiastique et royale.
Pour les capétiens répression sévère du blasphème rentre dans une politique de reconquête du royaume.
Elle fut un élément de construction de l'état moderne, au moment ou s'affirmait la doctrine du droit divin des rois et que la religion devenait un instrument privilégié de l'action monarchique.

#Un crime de lèse majesté divine : avec la renaissance s'impose une nouvelle culture et la civilisation du blasphème se met en place : jurons, maugréements, jurements sont pourchassés.
Mais c'est avec le protestantisme qu'advient un tournant : les vilaines paroles jusque là sans conséquence deviennent l'expression d'une identité religieuse condamnable.
Le mal dire devient synonyme de mal croire.
A partir du XVI sème sicle le crime de lèse majesté va être abondamment utilisé : il ne désigne pas une infraction de nature religieuse mais une intrication politique et religieuse: à partir du moment ou le roi très chrétien est attaqué dans sa croyance, le blasphème hérétique devient une offense à "l'Oint du Seigneur": c'est le pouvoir royal qui s'estime touché et va organiser la répression.
C'est un peu à cotre coeur que l'Eglise abandonna au Roi Très Chrétien, le soin de poursuivre le blasphème.
Un peu partout en Europe se mette en place vers la fin du XVI sème siècle une grande offensive contre le blasphème.
Louis XIV renforcera sa répression avec celle des duels et de l'hérésie à son arrivée, même si pratiquement une certaine mansuétude s'est appliquée : Molière fut inquiété par les dévots pas par l'état

# L'avénement des Lumières et la fin du délit : c'est Montesquieu qui va produire des réflexions conduisant à la séparation de la morale et de la religion. Pour lui la punition du délit de blasphème ne doit pas relever de la justice des hommes mais de celle de Dieu :" On ne doit point statuer par les lois divines ce qui doit l'être par les lois humaines, ni régler par les lois humaines, ce qui doit l'être par les lois divines".
Voltaire lui pensera" qu'il faut honorer la divinité et ne la venger jamais."
Petit à petit la religion est pensée comme utile à la société et  qu'elle mérite à ce titre d'être protégée.
Brissot : "La religion ne peut être considérée par rapport à la société civile que comme un des moyens que le ciel lui a donné pour maintenir sa tranquillité intérieure, elle n'a le droit de punir que les délits qui viennent altérer cette tranquillité."
Ainsi le blasphème était en train de perdre sa fonction politique des XVI et XVII ième siècle.
La France fut le 1ier pays à abolir le délit de blasphème dans son 1ier code pénal adopté le 25 septembre 1791.

# L'abolition en trompe l'oeil : après 1815 la France est divisée entre partisans et adversaires de 1789.Les tiers continuent a défendre la liberté alors que les seconds vont parvenir à rétablir "l'outrage à la morale publique et religieuse" via la loi Serre adoptée le 17 mai 1819.Selon cette loi une opinion pouvait être condamnée ,non pas parce quelle insultait le divin et risquait de provoquer sa colère mais mais parce que l'outrage à la religion  risquait de mettre en danger les valeurs qui fondaient la société.
Cette nouvelle conception va servir sous la monarchie de Juillet et encore plus sous le Second Empire.
Vont être entre autres inquiétés Flaubert pour Madame Bovary,"le propos réaliste de l'auteur et les passages incriminés constituaient des tableaux que le bon goût réprouve", qui sera relaxé en 1857; Eugène Sue qui sera condamné en 1857 pour les Mystères du peuple; Baudelaire qui sera condamné pour outrage à la morale publique toujours en 1857 pour les Fleurs du mal.

# Dieu se défendra bien tout seul :après 1870 les autorités républicaines mirent un certain temps avant d'asseoir définitivement le nouveau régime de liberté. Il faudra attendre la loi du 18 mai 1881 et de nombreux débats pour voir abolir le délit d'outrage à la morale publique et religieuse.
La loi fixe 3 grands principes : la liberté de l'imprimerie et de la librairie; la nécessité pour tout écrit d'avoir un responsable, un gérant; la réglementation des délits de presse : l'injure et la diffamation étant les deux principaux.
Parallèlement le combat pour la laïcité fait rage : mars 1880, Jules Ferry oblige les jésuites à libérer leurs collèges, mars 1882 il impose la laïcité des programmes et étend ce principe en 1886 aux personnels des écoles et des hôpitaux .
Il établit par ses lois la neutralité religieuse, c'est à dire le respect des consciences, il n'entend pas pour autant impliquer la neutralité philosophique et politique.
Les mesures de sécularisation pour "décatholiciser" la société sont alors fortes et parfois violentes, avec m^me polémiques, mouvements associatifs et journaux porteurs de cette "intolérance laïciste"
Ce mouvement va faiblir après 1905 : l'anticléricalisme semble dépassé et un équilibre va se maintenir jusqu'à 1970.

La loi Pléven de 1972 , adoptée à l'unanimité, crée un nouveau délit de" provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, commise envers des individus "à raison de leur appartenance à une ethnie, une nation, race ou religion déterminée".
Elle faisait suit à la ratification par la France de la Convention internationale sur l'élimination des discriminations raciales.
Elle allait autoriser les associations communautaires à poursuivre en justice des propos de haine à leur encontre. Les associations comprirent vite que ce type de procédures marquaient  pour elles un chemin vers la reconnaissance et ainsi commença en France le début juridique du repli communautaire en institutionnalisant la logique identitaire.
Les procès contre les films et leurs affiches (Je vous salue Marie, La Dernière Tentation du Christ,..) furent emblématiques de ces actions.
Au point où la France dut clarifier sa position, faire évoluer son Code Civil en fixant comme principe intangible la liberté de critiquer les religions.
Comment ménager cette liberté d'expression tout en prenant en compte les éléments susceptibles de conduire à une injure ou une diffamation religieuse : comment préserver un subtil équilibre entre liberté d'expression et liberté des croyances, tel est le dilemme de notre époque.

# Quand l'islamophobie s'en mêle : tout a basculé en France après les attentats du 11 septembre 2001.
Les mouvements islamistes ont repris le flambeau des associations catholiques des années 70-80.
Quand Michel Houellebecq dénonce "la religion la plus con" une plainte est déposée sur la base de provocation à la discrimination et injure à un groupe de personnes. Hors il n'a pas attaqué des personnes , mais une religion.Il sera relaxé pour ce motif.
Au fil des années et des affaires va apparaitre le concept d'islamophobie, porté par ses associations et leurs soutiens.Il y aurait deux poids , deux mesures..et certains pousseraient à la confusion entre une religion et un peuple.Hors la judéophobie n'est pas l'antisémitisme et elle n'est pas défendue par la loi.Il en est de m^me de l'islamophobie.
En parlant d'islamophobie après les attentats du 13 novembre, les autorités ne laisseraient elles pas accroire involontairement que la provocation latente pourrait être la cause des attentats?
Comment mettre sur le même plan des images qui blessent et des hommes qui tuent.

Le blasphème a fini par revenir comme curseur identitaire et pose au moins trois pièges, conduisant tous à revenir sur la liberté d'expression :
- se crisper sur un laicisme rigide revendiquant non plus la liberté de blasphémer mais le droit au blasphème. La laïcité n'est pas le laïcisme : elle n'est pas empreinte de religiosité; il ne s'agit pas de brutaliser les consciences mais de proposer un cadre permettant à tous de de s'exprimer.
- renoncer à la société ouverte en évoquant un nécessaire retour aux valeurs fondatrices de la société chrétienne; cette "régression féconde" ne ferait que poser au choc des civilisations
- céder (pour éviter l'esprit de croisade) sur le niveau des exigences républicaines.En se montrant trop inflexibles sur la liberté d'expression, la République risquerait de pousser les musulmans modérés dans les bras des fondamentalistes. Aussi faudrait il au nom d'une main tendue aux modérés accepter de céder et admettre le retour du blasphème.
En apparence généreuse cette mesure revient à assigner à une communauté son identité d'origine en espérant que cela les aidera à mieux intégrer la République …laïque .

L'union entre des religions et quelques penseurs progressistes, des associations de différentes religions en dit long sur l'intensité actuelle des débats et la recomposition du champ intellectuel .
La confusion des débats amènent d'étranges alliances entre islamistes radicaux et catholiques intégriste, antiracistes et croyants modérés..
et surtout jamais depuis 2 siècles le rétablissement du blasphème n'avait connu autant de partisans.


mardi 1 mars 2016

Dans la Pub 7 : Le futur selon Samsung


Le futur du monde selon Samsung et son concept de "smart things"
Quelques mots clés de ce nouveau monde: 
Accomodation
Malleable, adjustable, personalised home/work environments (Even Smarter) SmartThings
Virtual Decoration
3D printed furniture and homeware

Sustainability
Grow your own at home Self-cleaning/repairing materials Architecture of the Future Aquatic Homes
Building up/digging down

Work, Science and Research
Integrated Artificial Intelligence (AI) The working week
Medicine and Ageing
Homes equipped with medical screening equipment Medicine and Procreation
Leisure
Commercial space flight a reality Drone delivered holiday homes
3D printed food and leisure materials Virtual leisure

And finally...
Living in space. Colonies established first on Mars, and then on nearby habitable planets 

Et tous les détails : http://www.samsung.com/uk/pdf/smartthings/future-living-report.pdf