jeudi 29 septembre 2011

5 inquiétantes singularité du management français

Reprise de cet article sur le blog de Benjamin PELLETIER découvert par hasard et que j'ai trouvé tout à fait juste par rapport à ma pratique de coach accompagnant du changement dans les entreprises...

Photo Pelletier - Approche de Paris en avion

Si vous avez de la curiosité (ou de profonds moments d’ennui), je vous conseille de parcourir la base de données statistiques établie par Eurofound. Il s’agit d’une agence d’étude de l’Union Européenne sur les conditions de vie et de travail dans les pays européens. Elle permet de visualiser les données relatives aux tendances dans l’UE dans des graphiques en barres et les données relatives aux tendances nationales dans des tableaux. Vous pouvez ainsi explorer les résultats sur l’évolution des conditions de travail entre 1991 et 2010.

Ces données obtenues avec des questionnaires et des entretiens menés en tête à tête (précisions sur la méthodologie ici) sont très instructives mais si détaillées que leur traitement est un exercice assez fastidieux. J’ai donc procédé à un choix de cinq thèmes analysés lors de la 5e enquête européenne sur les conditions de travail réalisée en 2010.

Ce choix est certes subjectif de ma part mais reflète des préoccupations abordées régulièrement sur ce blog dans une perspective comparative. Il permet de mettre à jour certaines particularités dont la prise en compte est souvent négligée, avec des incidences aussi bien pour les travailleurs français que pour les expatriés travaillant en France.

Avertissement - J’ai écarté certains pays (comme le Montenegro, la Macédoine, la Lituanie, etc.) pour ne pas encombrer la lecture des graphiques ci-dessous. Par ailleurs, je m’en tiens aux résultats généraux. Vous pouvez accéder sur le site d’Eurofound aux résultats ventilés par genre, âge, situation en matière d’emploi, activité de l’organisation ou type de profession.

1. Le dualisme psychologique

Voici ce qu’ont répondu les salariés européens à la question : Votre travail requiert-il que vous cachiez vos émotions ?

Les salariés français ont un taux de réponses positives singulièrement élevé. Les raisons de cette dissimulation des sentiments peuvent être multiples :

  • Culture métier hégémonique : un médecin ou un pilote doivent savoir faire preuve de retenue dans l’exercice de leurs fonctions.
  • Survalorisation de la représentation sociale au détriment de l’image de soi : cas de celui qui entre dans un rôle qui correspond plus aux attentes d’un groupe social qu’à sa propre personnalité.
  • Dévalorisation de l’expression des émotions au profit de la démonstration des compétences techniques : l’émotion est perçue comme un signe de faiblesse, voire un défaut, dans une organisation où froideur, dureté et impassibilité sont des signes de force.
  • Autoritarisme et impersonnalisme des organisations : il y a plus de retenue émotionnelle dans un siège social à la Défense que dans une start-up.
  • Inadéquation entre le travail et les valeurs personnelles : cas typique de celui qui travaille littéralement à contrecœur car ayant baigné dans un environnement familial ou amical où le travail, l’entreprise et le profit étaient dénoncés et méprisés.

Quoi qu’il en soit, la dissimulation des émotions ne peut que produire des effets d’étouffement psychologique, et donc de malaise et de mal-être. Si c’est le cas pour les Français, cela doit également l’être pour les expatriés en France. Reprenez le graphique ci-dessus, et imaginez un Danois, un Italien ou un Espagnol travaillant en France dans un contexte de plus grande dissimulation des émotions que dans leur pays d’origine. Le malaise ne peut que s’amplifier chez eux et il est impératif de prendre en compte cette dimension dans l’accueil et le suivi des expatriés en France.

Par exemple, je peux évoquer le cas d’une entreprise qui a eu l’excellente initiative d’organiser chaque semaine un groupe de discussion pour ses expatriés afin qu’ils puissent s’exprimer sur leurs ressentis. C’est loin d’être anecdotique : l’enjeu, c’est leur engagement dans le travail, mais surtout la fidélisation de talents étrangers qui risquent de quitter l’entreprise si leur expérience en France s’avère source de malaise.

2. Un feedback aux abonnés absents

Voici ce qu’ont répondu les salariés européens à la question : En général, votre responsable ou superviseur vous fournit-il des commentaires (en anglais : feedback) sur votre travail?

Voici une autre singularité : 34% des travailleurs français ne reçoivent pas de feedback de la part de leur management. A titre de comparaison, les Britanniques ne sont que 18% à connaître cette situation. L’étude ne donne pas les raisons d’une telle différence. S’agit-il des effets d’un management plus autoritaire que collaboratif, d’un manque de savoir-faire en matière de gestion du facteur humain ou de la conséquence d’un fort individualisme couplé à un élitisme élevé ?

Il y a certainement un peu des trois raisons dans cette difficulté à mettre en œuvre une approche décomplexée et productive de la relation entre manager et subordonné. Il est en tout cas indéniable qu’il s’agit également là d’un facteur de malaise qui accentue les effets pervers de la première singularité : moins je reçois de commentaires sur mon travail, plus je suis susceptible de dissimuler mes émotions (par exemple, une angoisse par défaut d’expertise sur un sujet), et plus je dissimule mes émotions, moins je suscite de commentaires : à quoi bon dialoguer avec moi puisque je donne l’impression que tout va bien même quand tout va mal ?…

3. Aide-toi toi-même

Gardons à l’esprit les deux premières singularités pour observer les résultats à la question :Vos collègues vous aident-ils et vous soutiennent-ils ?

Ici, le contraste, par exemple, entre l’Espagne et la France est frappant : la solidarité au travail est une réalité pour 85% des Espagnols contre 68% des Français. Ce taux monte à 87% pour les Norvégiens. C’est que les Espagnols sont moins individualistes que nous, donc plus dans des logiques d’entraide, et les Norvégiens moins élitistes, donc moins dans des logiques de rivalités interpersonnelles.

Imaginons à présent un Espagnol et un Norvégien travaillant en France et l’on peut se faire une idée de leur malaise dans un contexte professionnel où le relationnel entre collègues est problématique et où le partage d’information ne va pas de soi.

4. La formation au compte-gouttes

Voici les résultats des réponses à la question : Au cours des 12 derniers mois, avez-vous bénéficié d’une formation payée par votre employeur ?

Ce n’est pas la première fois que la France se trouve en queue de peloton sur la formation. En 2007, un rapport de l’OCDE avait déjà mis en évidence qu’avec un peu plus de 30% la France était en dessous de la moyenne des pays développés (40%) pour le taux annuel de participation des salariés à des activités de formation. La Suède était alors en tête des pays développés, suivie de la Nouvelle-Zélande.

5. Les risques, un non-sujet

Enfin, voici les pourcentages de réponses positives à une question fondamentale : Etes-vous très bien informé des risques de votre métier pour votre sécurité et votre santé ?

Dernière ! La France se classe dernière sur cette dimension essentielle : les salariés français sont les moins bien informés sur les risques liés à leur métier. Alors même que nous avons tendance à exprimer nos sentiments négatifs lorsque quelque chose nous dérange ou nous déplaît, nous sommes les plus mal à l’aise lorsqu’il s’agit de traiter le négatif lui-même. C’est un phénomène extrêmement vicieux dans la mesure où l’ignorance des risques entraîne leur aversion qui, elle-même, éloigne d’une prise en compte décomplexée et professionnelle des risques.

Si l’on croise ces résultats avec la tendance élevée à dissimuler ses émotions, la rareté du feedback de la part des managers, le peu de solidarité entre employés et les carences en formation, voilà autant d’éléments qui constituent des obstacles culturels majeurs au développement d’une culture de la sécurité en France. Sur ce sujet, je vous renvoie à l’entretien en deux parties (ici et ) avec Jean Gabriel Charrier, spécialiste des facteurs humains dans l’aéronautique.

* * *

  • Vous avez un projet de formation, une demande de cours ou de conférence sur le management interculturel?
  • Vous souhaitez engager le dialogue sur vos retours d’expérience ou partager une lecture ou une ressource ?
  • Vous pouvez consulter mon profil, la page des formations et des cours et conférences etme contacter pour accompagner votre réflexion.

Quelques suggestions de lecture:

mardi 27 septembre 2011

Le social média : le succès de l'année

C'est le grand succès de l'année avec un début de rationalisation des usages et attitudes comme le fait Paris 2.0

Les réseaux sociaux vont changer le monde

C'est en substance la déclaration de Reid Hoffman, fondateur de Linked in à Paris cette semaine.
Sa réponse à la question : "y a t-il une bulle des réseaux sociaux ?"
"Les réseaux sociaux sont des phénomènes fondamentaux qui vont changer le monde...
"La question est comment va t-on désormais naviguer intelligemment dans un monde ou tout est en réseau .
Aujourd'hui Facebook est le barbecue de votre jardin.Twitter c'est l'équivalent des médias. Linkedin c'est le bureau.
Il reste de la place pour d'autres réseaux mais il faut que l'offre soit à la fois large et unique .il reste des catégories comme la religion ou le sport qui ne sont pas occupées."

"Pour Linkedin l'usage des données tourne à l'avantage de l'utilisateur .Il n'est pas question de localisation de l'internaute ou de photos des enfants mais de savoir quelles compétences sont tendance.."

jeudi 22 septembre 2011

Lexique 98 :les réseaux sociaux

"Les réseaux sociaux vont changer le monde "
Reid Hoffman

lundi 19 septembre 2011

Facebook

Quelques informations sur FBK et surtout sur un nouveau mode d'émergence sur le web : l'infographie.

Inventées par les blogs , elles animent de façon graphique les principales données d'une thématique d'actualité et font le buz en étant reprises de blog en blog :


Pour faire suite à l’article 30 chiffres-clés Social Media pour l’année 2011, Mediaventilo vous propose ici une infographie « Facebook : Etats-Unis vs France », état des lieux du réseau social dans ces 2 pays.

Depuis début juillet 2011, selon socialbakers, Facebook compte + de 700 millions d’inscrits dont :

  • + de 150 millions aux États-Unis, ce qui place toujours le pays au 1er rang mondial des pays utilisateurs du réseau social (avec un taux de pénétration de 48%)
  • + de 22 millions d’inscrits en France, soit le 8ème rang mondial (avec un taux de pénétration de 35%)

Les internautes passent de plus en plus de temps sur Facebook (The Nielsen Company – juin 2011) :

  • États-Unis : 6H43 passées sur Facebook chaque mois (12,3% du temps passé sur Internet)
  • France : 4H33 passées sur Facebook chaque mois (14% du temps passé sur Internet)

La répartition par âge est la suivante :

  • États-Unis : 25% des utilisateurs ont entre 18 et 24 ans et 24% entre 25 et 34 ans
  • États-Unis : 25% des utilisateurs ont entre 18 et 24 ans et 26% entre 25 et 34 ans

La répartition par sexe :

  • États-Unis : 55% de femmes pour 45% d’hommes
  • France : 51% de femmes pour 49% d’hommes

Niveau publicité, selon comScore (juin 2011) :

  • États-Unis : 1 publicité en ligne sur 3 est diffusée sur Facebook (avec un CPC moyen de $ 1.11 et un CPM moyen de $ 0.48)
  • France : 1 publicité en ligne sur 5 est diffusée sur Facebook (avec un CPC moyen de $ 0.54 et un CPM moyen de $ 0.23)

Le Top 5 des FanPages Entreprises est :

  • États-Unis : Starbucks, Xbox, Mc Donald’s, Subway, Walmart
  • France : Chanel, Louis Vuitton, Oasis Fun Page, Je ne peux pas vivre sans musique, Disneyland Paris

Tags: , , , , , , , ,, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Catégories : facebook, Infographie, Medias sociaux, Réseaux sociaux, social media marketing

lundi 12 septembre 2011

Nouveau concept (15) : Petite Poucette

"Je la baptise Petite Poucette pour sa capacité à envoyer de sms avec son pouce. C'est l'écolier , l'étudiante d'aujourd'hui, qui vivent un tsunami tant le monde change autour d'eux...
Nos sociétés occidentales ont déjà connu deux grandes révolutions : le passage de l'oral à l'écrit et le passage de l'écrit à l'imprimé. La 3ième est le passage de l'imprimé aux nouvelles technologies, tout aussi majeure. Chacune de ses révolutions s'est accompagnée de mutations politiques et sociales : lors du passage de l'oral à l'écrit s'est inventé la pédagogie , par exemple."
Michel Serres , interview dans Libération le 03/09/11

vendredi 9 septembre 2011

lexique 97 : suspendre


"La seule façon d'aborder les conséquences de tous ces changements , c'est de suspendre son jugement.Les idéalistes voient un progrès, les grognons une catastrophe.Pour moi ce n'est ni bien ni mal , ni un progrès , ni une catastrophe, c'est la réalité et il faut faire avec.
Michel Serres.

lundi 5 septembre 2011

Le capitalisme à l'agonie (3): le retour du refoulé : Marx


Si Marx a prédit l'effondrement du capitalisme il y a 150 ans , il faut revenir à ses analyses.

- La notion de risque systémique : débat instauré par les économistes marxistes dans les années 70 à partir d'un principe physique du changement d'état. L'approche quantitative des phénomènes tend à nier le processus de passage d'un état à un autre , la transition qualitative.
Le modèle classique de la machine à vapeur n'indique pas qu'elle puisse exploser .
Transposé à la finance "nous avons construit des modèles où rien n'indique que la machine puisse exploser".

- Marx a servi de repoussoir à la science économique pendant ces 30 dernières ,l'empêchant m^me de penser en acceptant le libéralisme comme une donnée factuelle.

- Marx divise la société en deux groupes : capitalistes et prolétaires: Jorion l'affine en trois groupes :les marchands qui veillent à la distribution des produits et ponctionnent un profit marchand; les dirigeants d'entreprise qui touchent un bénéfice , lequel est la part de surplus une fois payés salaires et intérêts du capital; les investisseurs qui avancent du capital en vue de production et perçoivent un intérêt.
la distinction entre investisseurs et dirigeants était essentielle avant l'invention des stocks options .
- Deux conceptions possibles du salaire : comme frais de production (Marx) ou comme fruit de la répartition du surplus et donc en fonction du rapport de force : dirigeants>salariés
Pour accéder au partage du surplus il faut que le candidat présente des qualités rares, que son remplacement éventuel exige plus que les simples frais impliqués par la substitution d'une personne à une autre.

- Il n'y a pas de capital en soi. Le capital se définit comme une ressource manquant à la place où elle est nécessaire,ce qui explique pourquoi il se déplace et est prêté en tant qu'avances.

- Marx expliquait la fin possible du capitalisme par la baisse tendancielle des taux de profit : hors aucune baisse n'a été observé des années 80 à 2007;par contre on observe la stagnation voire la régression de la part des salaires dans les partage des surplus

vendredi 2 septembre 2011

Lexique 96 : La révolte


"Les hommes ne se mobilisent pas pour un changement de société en comparant leur bonheur actuel avec celui que conférerait un autre type de société dont le modèle reste toujours plus ou moins abstrait .Ils le font en raison d'une révolte ."
Paul Jorion